28 mai 2022

MA5

DANS LES COULISSES DE L'OVALIE

11 Novembre : ces Bleus morts pendant la Grande Guerre

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En ce 11 novembre, journée de commémoration et de recueillement national, la rédaction de MA5 a évidemment une pensée pour les soldats tombés au front durant la Première Guerre Mondiale. Ils sont aujourd’hui 21 internationaux à être considérés comme MPF (Mort Pour la France), et pour honorer leur mémoire : voici sous forme d’équipe qui ils étaient.

LE XV :

Pilier : René Boudreaux (2 sélections, SCUF et Racing Club de France)

1,78 m pour 82 kg, René Bourdreaux est loin des standards actuels des piliers du Top 14. Pourtant à l’époque, sa stature et l’ensemble du pack du SCUF sont redouté de tout l’Hexagone. Si il débute le rugby sur le tard (en 1907), à l’âge de 27 ans, ses bonnes performances vont le conduire directement en Équipe de France. 56ème international français, il est appelé en 1910 pour disputer la première rencontre française du Tournoi des 5 Nations, à Swansea (défaite 49-14). Il connaitra une seconde sélection, dans le même Tournoi, contre l’Écosse (nouvelle défaite, 27-0). Pionnier de la sélection tricolore, il a marqué le rugby français de son empreinte.

Elevé au grade de Lieutenant et sur le front depuis aout 1914, Boudreaux est tué le 8 septembre 1915 à Auberive (Marne). Alors qu’il inspectait une tranchée accompagné de son régiment, les tirs allemands l’atteignent. À 34 ans, l’international tombe pour la France.

Talonneur : Emmanuel Iguinitz (1 sélection, Aviron Bayonnais)

Champion de France en 1913 avec l’Aviron Bayonnais, Iguinitz fut l’un des hommes clés du premier titre des Basques. Talonneur puissant, il aura également eu l’honneur de gouter au XV de France l’année suivante. En avril 1914, Iguiniz est titulaire pour défier l’Angleterre (défaite, 13-39). Il s’agit du dernier match de rugby joué en Europe avant la guerre, et il ne le sait pas encore, mais cela sera sa première et dernière sélection…

Parti à la guerre comme Caporal, il cède sous les balles ennemis le 20 septembre 1914 au Chemin des Dames. À une journée d’intervalle de son partenaire en club et en sélection François Poeydebasque.

Pilier : Pierre Guillemin (11 sélections, RCF)

Joueur émérite du Racing Club de France, Pierre Guillemin sera même finaliste du championnat de France en 1912 (défaite contre le Stade Toulousain) sous le maillot Ciel et Blanc. En Équipe de France, il portera à 11 reprises le maillot Bleu entre 1908 et 1911, et prendra part à la première victoire de la France dans le Tournoi des 5 Nations en 1911 (victoire 16-15 face à l’Écosse) !

Appelé en aout 1914 pour intégrer le 224ème régiment d’infanterie, il est promu au grade de sous-lieutenant en janvier 1915. Engagé dans la bataille de l’Artois, il tombe au champ d’honneur en juin 1915 à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), à l’âge de 28 ans.

Seconde ligne : Jean-Jacques Conilh de Beyssac (5 sélections, Stade Bordelais)

Champion de France en 1911 avec Bordeaux, il avait également été finaliste l’année précédente. Capable de jouer pilier ou seconde ligne (c’était définitivement une autre époque), le natif de Gironde devient international à 5 reprises et prend part aux Tournoi 1912 et 1914. En 1914, il dispute 3 des 4 rencontres, les dernières avant l’éclatement de la Grande Guerre.

Lieutenant dans le 81ème régiment d’artillerie lourde, « JJ » est gravement blessé au front et succombe à ses blessures dans un hôpital militaire de l’Oise. Il s’éteint le 13 juin 1918, au lendemain de son 28ème anniversaire.

Photo prise avant France-Angleterre 1914

Seconde ligne : Paul Decamps (1 sélection, RCF)

Decamps ne compte qu’une seule sélection, mais ce n’est pas loin d’être la plus belle ! Comme Pierre Guillemin, il participe à la première victoire française dans le Tournoi en 1911, et pousse derrière son coéquipier du Racing. Souvent positionné en troisième ligne avec son club, il connait sa seule cape avec le sélection dans la cage malgré ses modestes mensurations (1m74, pour 73kg).

Tué à l’ennemi, Paul Decamps décède le 27 juin 1915 à Souchez (Pas-de-Calais) durant la bataille de l’Artois.

Troisième ligne aile : Albert Eutrope (1 sélection, SCUF)

Né de parents guyanais, Albert Eutrope arrive à Paris en 1910 et rejoint le SCUF où il disputera 2 finales du championnat de France en 1911 et 1913. Remarqué, il se voit ouvrir les portes du XV de France lors du Tournoi 1913 pour sa seule et unique cape avec les Bleus. Contre l’Irlande (24-0) à Cork, il devient l’un des rare joueur de couleur à avoir porté le maillot frappé du coq.

Passé par l’école coloniale de Paris, il est administrateur colonial en Afrique lorsque la guerre éclate. Dépêché pour combattre au Cameroun, le sous-lieutenant de réserve Eutrope est atteint d’une balle dans la tête « en entrainant ses hommes à l’assaut d’une tranchée » mentionne le Journal Officiel. Il meurt le 26 mai 1915, à l’âge de 27 ans.

Troisième ligne aile : Maurice Boyau (6 sélections, Dax, Bordeaux et RCF)

C’est sans doute le plus connu d’entre tous. Illustre troisième ligne en son temps, Maurice Boyau a marqué le rugby français et a d’ailleurs donné son nom au stade l’US Dax. En club, il remporte notamment le titre de champion de France 1911 avec Bordeaux et devient international par la suite. Il participe à 4 rencontres avec les Bleus dans le Tournoi 1912 et à 2 autres dans le Tournoi 1913 (en tant que capitaine cette fois-ci). 6 capes pour la gloire éternelle.

Dans l’aviation durant le conflit mondial, il est crédité de trente-cinq victoires aériennes contre l’armée adverse (5ème meilleur total de la Grande Guerre). Devenu international de guerre, il dispute deux matchs en avril 1917 et février 1918 contre une sélection de soldat néo-zelandais, en tant que capitaine. Il disparait tragiquement le 16 septembre 1916, au dessus de la Meurthe-et-Moselle lors d’un combat aérien. Ni son corps, ni son avion ne seront retrouvés. 

Troisième ligne centre : Marcel Legrain (12 sélections, Stade Français et RCF)

Troisième ligne centre historique du Stade Français, Marcel Legrain ne remportera rien avec le club de la capitale. En revanche, en sélection il est un pionnier du XV de France. Il dispute 12 sélections sous le maillot Bleu et prend part à 4 Tournois (1910, 1911, 1913 et 1914) ! Présent lors du premier match dans le Tournoi, lors de la première victoire, il fait partie de la première Équipe de France a défier les Springboks, à Bordeaux en 1913. Il faudra attendre près de 40 ans pour revoir cette rencontre.

Sergent au 74ème régiment d’infanterie, il meurt au champ d’honneur dans le Pas-de-Calais. Sous les balles ennemis, il décède le 10 juin 1915, soit 5 jours après (et non loin) de son grand ami de toujours Pierre Guillemin. Une histoire racontée dans l’ouvrage « Les incroyables du rugby » de Sylvie Lauduique-Hamez, certes un peu éloignée de la réalité mais ô combien touchante.

Demi de mêlée : Alfred Mayssonnié (3 sélections, Stade Toulousain)

« Maysso« , demi de mêlée et d’ouverture historique du Stade Toulousain, est l’homme du premier titre de champion de France des Rouge et Noir. En 1912, si la « Vierge Rouge » soulève enfin le Bouclier, c’est grâce à un exploit personnel de son maitre à jouer. Il était devenu, avant ça, le premier international du club de la Ville Rose (en 1908).

Elevé au grade d’Adjudant, Mayssonnié appartenait au 259ème régiment d’infanterie. Le 6 septembre 1914, il est tué au front lors de la bataille de la Marne.

Demi d’ouverture : Marc Giacardy (1 sélection, Stade Bordelais)

Il est l’un des palmarès les plus importants de notre pays. Avec 6 Brennus acquis entre 1899 et 1909, dont le dernier en tant que capitaine, et 4 finales (1900, 1901, 1902 et 1908), il a eu maintes et maintes fois l’occasion de prouver le joueur de grande classe qu’il était. Le maitre à jouer Bordelais, véritable icône des Girondins, était capable de dépanner à tous les postes. Au dessus du lot en club, il n’aura malheureusement sa chance qu’à une seule reprise en sélection, lors d’Angleterre-France 1907 (41-13).

Capitaine du 6ème régiment d’infanterie, il est tué d’une balle dans la tête en aout 1917, dans les environs de Verdun (Meuse).

Ailier : Marcel Burgun (11 sélections, SCUF, RCF, Castres Olympique)

Phénomène de son époque, le trois quart polyvalent assurait aussi bien le centre, l’aile et l’ouverture. Participant à 5 Tournois entre 1910 et 1914, il a connu sa première sélection face à l’Irlande en 1909. Parmi les premiers joueurs de son époque à instaurer un jeu basé sur des combinaisons numériques, il a fait rayonné ses clubs jusqu’à atteindre la finale du championnat de France avec le Racing en 1912. Il est, pour l’anecdote, le premier international du Castres Olympique.

Ingénieur brillant, il entre dans l’artillerie en 1914, puis dans l’aviation en 1915. 1 an plus tard, le 2 septembre 1916, son avion (un Nieuport 17) est abattu par les Allemands et s’écrase. Le lieutenant pilote de chasse Burgun décède à seulement 26 ans, il sera décoré à titre posthume de la Croix de Guerre.

Centre : Daniel Ihingoue (2 sélections, Stade Bordelais)

Daniel Ihingoue va connaitre 2 années fastes dans sa carrière de rugbyman. En 1911 d’abord, le premier centre Bordelais remporte (aux cotés de Maurice Boyau et JJ Conilh de Beyssac) le titre de champion de France. Il inscrit d’ailleurs un essai lors de la finale. Puis en 1912, où il est sélectionné à 2 reprises avec les Bleus contre l’Irlande et l’Écosse.

Médecin de profession, le trois-quart centre est recruté comme Médecin Aide Major de 1ère classe par l’armée, et a notamment à sa charge le 63ème Bataillon de Tirailleurs Sénégalais. Atteint par un tir ennemi à Vendresse Beaulne (Aisne), il laissera sa vie sur le champ de bataille, le 16 avril 1917.

Centre : Julien Dufau (5 sélections, Stade Bordelais et Biarritz Olympique)

Né à Biarritz, c’est d’abord à Bordeaux que Dufau fait ses gammes dans le rugby. Il conquiert, comme Ihingoue, le titre de champion de France 1911, et marque lui aussi dans cette finale victorieuse (14-0). Après ce titre, il rejoint son pays basque natal et évolue sous les couleurs du Biarritz Olympique durant 3 saisons. C’est avec le BO, qu’il découvre la sélection nationale en 1912. Appelé à défendre les couleurs tricolores à 5 reprises, il marque un essai dès son premier match contre l’Irlande.

Avant d’embrasser une carrière de rugbyman, le jeune Julien s’était deja engagé dans l’armée. En 1905, il avait rejoint le 49ème régiment d’infanterie de ligne, puis, deux ans plus tard, la 3ème division d’infanterie coloniale à Bordeaux. Alors, lorsque la guerre éclate, il est mobilisé dès le 2 août 1914 et rejoint le 7ème régiment d’infanterie coloniale, toujours en Gironde.

Promu sous-lieutenant en 1915, il quitte la France pour le Niger. Le 28 décembre, sa section tombe dans une embuscade. Julien Dufau et trois de ses camarades sont capturés, puis décapités sur ordre du sultan d’Agadès. Leurs têtes sont exposées pendant plusieurs jours devant le palais de ce dernier. Et ce n’est que le , après trois mois de siège autour du fort d’Agadès, que les dépouilles des quatre militaires français sont retrouvées et enterrées dans le cimetière français de la ville. Il avait 28 ans.

Ailier : Gaston Lane (16 sélections, RCF)

Il est l’international le plus capé à avoir laissé sa vie pour la France. Premier Bleu à dépasser les 10 sélections, il obtient sa première nomination en 1906 pour le premier match de l’Histoire XV de France, face aux All Blacks. Capitaine lors de l’entrée des Tricolores dans le très fermé Tournoi des 5 Nations, il a conduit les Bleus dans leur prémices. Gabarit de poche (1,68m), ce Parisien pur souche, a aussi disputé une finale de championnat de France en 1912 avec le Racing, club où il a débuté en 1903 et passé plus de 10 saisons.

Gaston Lane est mort au champ d’honneur sur le front de Moselle, le 23 septembre 1914 (soit dès le premier mois de la Grande Guerre). À l’âge de 31 ans, il a été le premier joueur du Racing a tombé sous les balles ennemis.

Arrière : Henri Isaac (2 sélections, RCF)

Il n’aura même pas gouté au Tournoi des 5 Nations. Capé à seulement 2 reprises en 1907 et en 1908, il dispute ces deux sélections contre un même adversaire : l’Angleterre. Deux défaites sévères sur le score de 41 à 13 puis 0-19 qui seront les seuls moments passés en Bleu par l’arrière.

Si les informations autour de sa mort ne sont pas connues, Henri Isaac fait bel et bien parti des MPF (Morts Pour la France).

Les remplaçants :

Talonneur : Joe Anduran (1 sélection, SCUF)

Il y a parfois des anecdotes qui marquent une vie. Le 31 décembre 1909, alors que la France est à la veille de faire son entrée dans le prestigieux Tournoi qui va devenir celui des 5 Nations, le XV de France n’est pas au complet. Les Francais doivent partir pour le Pays de Galles et un avant Bordelais (finalement retenu à sa caserne) ne peut pas partir. Charles Brennus se met alors en quête de lui trouver un suppléant, et ce sera Joe Anduran, talonneur du SCUF. À peine le temps de rassembler quelques affaires que l’heure du départ est déjà là. Le lendemain, à Swansea, il deviendra le 58ème international français et écrira, malgré le lourd revers, un bout de l’histoire des Bleus. Ce sera sa seule et unique sélection. Avec son club du SCUF en revanche, il disputera également 2 finales du championnat de France (1911 et 1913).

Pendant la Grande Guerre, il est mandaté au 226ème régiment d’infanterie, dans le Pas de Calais. Dans la zone de Bois Bernard, le 2 octobre 1914, il reçoit une balle en plein cœur. À 32 ans, il laisse derrière lui 2 enfants de 6 ans et 5 mois…

Talonneur : Paul Dupré (1 sélections, RCF)

Lui aussi ne compte qu’une sélection. En 1909, le joueur du Racing Club de France est appelé avec les Bleus lors d’un test-match face au Pays de Galles. Supérieurs, les Gallois s’imposeront 47 à 5, et inscriront… 11 essais ! Mais l’essentiel est ailleurs, les Français et leur talon Paul Dupré, qui n’en sont qu’aux balbutiements de leur rugby doivent faire l’apprentissage de ces défaites pour revenir plus forts et Dupré a gagné son statut d’international.

Pour combattre, Dupré rejoint le 4ème régiment de Zouaves. Malheureusement, le jeune homme de 27 ans sera capturé au cours d’une opération et fait prisonnier à Altengrabow en Allemagne. Dans ce camp, le N°2 des Bleus mourra le 31 mai 1916.

Demi de mêlée : Maurice Hedembaight (3 sélections, Aviron Bayonnais)

Champion de France 1913 avec Iguiniz, « Mastic » (comme on le surnommait) compte aussi 3 sélections avec l’Équipe de France. Il prend part au Tournoi 1913 et 1914 avec un match contre l’Écosse et un contre le Pays de Galles. Il dispute également le test-match contre l’Afrique du Sud en 1913, le premier dans l’Histoire entre les deux sélections.

Durant cette Première Guerre Mondiale, le demi de mêlée trouvera la mort en 1918 dans des conditions inconnues.

Demi de mêlée : Henri Lacassagne (2 sélections, Stade Bordelais)

« Une véritable furie, il n’est jamais à court d’expédients. Ses audaces font parfois le salut de son équipe », disait le journal La Dépêche. Champion de France en 1904, 1905, 1906, 1907 et finaliste en 1908 avec le Stade Bordelais, son palmarès laisse rêveur. En Equipe de France, il prend part à la rencontre en 1906 contre les All Blacks, puis a une seconde face à l’Angleterre en 1907.

Réserviste au début de la Guerre, il fait l’école de sous-office et est promu sergent-major en aout 1915. Envoyé une première fois au front, Lacassagne revient blessé. Après une longue convalescence, il demande à servir dans l’aviation. C’est dans cet exercice qu’il s’illustrera, et Pétain le qualifiera même d’ « excellent mitrailleur, d’un courage et d’une adresse remarquables ». Mais le 14 septembre 1918 , dans un combat aérien avec avion allemand, il est touché à la tête et décède sur le coup.

Demi de mêlée : Léon Jean Larribau (6 sélections, Périgueux et Biarritz Olympique)

Réputé pour ses longues passes, le demi de mêlée a porté la tunique tricolore à 6 reprises entre 1912 et 1914. D’abord joueur de Périgueux avec qui il remporte le championnat de France de 2ème division en 1906, il rejoint ensuite les rangs du Biarritz Olympique. Au BO, il entre dans une nouvelle dimension, celle qui lui ouvre les portes de la sélection. Du haut de son mètre soixante, il est l’un des meilleurs numéro 9 d’avant-guerre.

Le 31 décembre 1916, Larribau trouve la mort au champ d’honneur à Louvemont, près de Verdun. Son nom sera donné au stade Aguiléra du Biarritz Olympique en 1954.

Demi d’ouverture : François Poeydebasque (2 sélections, Aviron Bayonnais)

Lui aussi est un autre champion de France tombé au front. Sacré en 1913, international par 2 fois lors du dernier Tournoi d’avant-guerre, il avait donné le coup d’envoi de la rencontre entre la France et l’Irlande le 1er janvier 1914, sans savoir que sa vie et celles de millions d’autres allait basculé quelques mois plus tard.

Sergent au 249ème régiment d’infanterie, il est porté disparu lors de l’attaque des tranchées du Plateau de Vauclerc (Aisne), le 21 septembre 1914. Puis considéré comme tué à l’ennemi.

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